SACRED

ANDRÉ DURAND Twenty-First Century Paintings

SAINT MATTHEW AND THE ANGEL by André Durand (2005) (Matthew, Darmon, quill, Evangelist, angel, devil)

SAINT MATTHEW AND THE ANGEL

2005

Dimensions: 52 x 41

Oil on linen

private collection

sacred

Like the other evangelists, Matthew is often depicted in Christian art with one of the four living creatures of Revelation 4:7 (King James Version)
7And the first beast was like a lion, and the second beast like a calf, and the third beast had a face as a man, and the fourth beast was like a flying eagle.

The presence that whispers to Saint Matthew in Durand’s picture takes the form of a man or wingless angel.

Réflexions sur Saint Mathieu d’André Durand

Plutôt typologique qu’allégorique, cette peinture représentant Saint Mathieu est basée sur le portrait du Pr. Jean-Pierre Darmon, un ami de longue date de l’artiste et éminent spécialiste en mosaïque gréco-romaine. En se préparant pour réaliser un thème pareil, il faut avoir devant ses yeux ou dans sa mémoire interne un modèle qui possède lui-même les qualités capables de suggérer celles d’un évangéliste. Grâce à cette approche, la crédibilité du motif si souvent représenté puisse se révéler en sa profondeur spirituelle et contribuer à l’originalité d’une œuvre nouvelle et de sa vérité.
La stylisation iconographique traditionnelle veut que Saint Mathieu soit représenté avec un ange qui lui dévoile ou dicte explicitement le texte de son évangile. J’aime plusieurs peintures classiques figurant ce thème (par exemple San Matteo par Guido Reni dans la Pinacothèque Vaticane auquel je reviens souvent et avec un plaisir particulier quand je suis à Rome). Quand même, j’avoue que les putti ou les enfants révélant le texte sacré manquent de crédibilité pour moi malgré qu’ils aient été évoqués si abondamment par toutes les générations précédentes des artistes. On peut réfléchir quelles allures aurait pu prendre le développement ultérieur de ce motif s’il n’avait pas été lié par cette convention.


Guido Reni
http://www.artinthepicture.com/paintings/Guido_Reni/St-Matthew-and-the-Angel/

A. Durand a figuré le compagnon de son Saint Mathieu comme un homme adulte. Orné de bagues trop voyantes, il paraît comme un instigateur presque démoniaque et dominant. Même si nous laissons de côté cet aspect psychologique, il est intéressant que l’artiste se soit inconsciemment rapproché d’un des caractères typiques des plus anciennes représentations des anges qui marquent les débuts de l’art chrétien.


Le sarcophage de Balaam

En grec, angellos signifie messager. Pendant toute antiquité, un messager a été figuré comme un homme adulte et barbu selon la réalité de la vie de tous les jours. Les plus anciennes représentations paléochrétiennes des angelloi reflétaient explicitement cette convention. Leur caractéristique ne demandait d’autres traits spécifiques à l’exception d’un autre attribut nécessaire pour évoquer une situation concrète comme c’est le cas de Balaam commissionné d’espionner les Juifs au cours de leur chemin vers la terre promise. Voyageant sur son âne pour accomplir cette mission impie, Balaam se trouve brusquement arrêté par un ange. Celui-ci est caractérisé comme un messager commun et menace Balaam de son épée pour l’empêcher de trahir la nation élue (Num. 22-24).
Cet épisode en fait assez rare, est attesté seulement par deux représentations datant du IVe siècle où l’art paléochrétien a pris son premier essor. La première a été sculptée sur un sarcophage de la catacombe se Saint Sébastien à Rome. Datant des années 312-320, il est aujourd’hui désigné par convention comme le sarcophage de Balaam. Une peinture murale de l’Hypogée de la via Dino Compagni constitue la seconde apparition de ce motif.

Un ange tout pareil intervient p. ex. aussi dans le motif représentant les trois jeunes Hébreux sauvés de la fournaise ardente (Daniel 3, 1-100). Ce motif a été répété assez souvent sur les sarcophages paléochrétiens comme un exemple paradigmatique de la grâce divine. Les protagonistes ont été accompagnés par la même figure générique du messager que nous avons mentionnée et dont la tradition postérieure a fait Saint-Michel l’archange.
Les types idéalisés des anges ailés et asexuels n’apparaissent que plus tard, à la charnière du IVe et Ve siècles. Ils se sont recrutés à partir des motifs des Victoires païennes si typiques de l’antiquité gréco-romaine que l’abolition des cultes païens en 391 et 393 avait mises à l’écart. A cette époque, l’iconographie paléochrétienne continue à s’approprier d’autres motifs et paradigmes victorieux du répertoire païen y compris ceux des génies ailés, anciens symboles des apothéoses impériales. Les apothéoses chrétiennes étant opérées par la main du Dieu descendant des cieux, pouvaient se passer des symboles traditionnels et si au fur et à mesure le besoin le demandait, ils étaient prêts à assumer une nouvelle signification dans le répertoire chrétien. Parmi les prédécesseurs des anges on compte aussi des putti ailés couramment employés dans l’art profane. Ils étaient évoqués comme les personnifications des amours ou comme des génies symbolisant les saisons. Le renouveau constant du cycle de la nature était une des représentations traditionnelles de l’éternité.
A cette époque de transition d’une civilisation à l’autre, l’iconographie des anges s’est développée par des emprunts directs à l’art profane de l’antiquité déclinante. La préférence pour les représentations des êtres ailés qui dans la fantaisie humaine lient le monde céleste et profane s’est montrée profondément ancrée dans l’imagination et l’esthétique des hommes et allait s’acheminer vers de nouveaux essors.
Nous avons cru utile de commémorer les origines de ces motifs malgré que l’analogie avec les débuts du christianisme ne soit relevant que pour un seul trait de l’ange peint par André Durand – à savoir celui que la convention ne représente pas une règle absolue. Quant au jeu subtil avec le caractère de cet ange étrange, disons plutôt instigateur qu’inspirateur ce qui pourrait paraître troublant, celui-ci devient compréhensible en juxtaposition avec la personnalité que le peintre avait choisie pour incarner son évangéliste. C’est d’ailleurs Saint Mathieu qui est le protagoniste. Il est représenté de face et sa spiritualité et profondeur se concentrent dans ses yeux. A la fois attentif et réfléchissant, il dévoile une vie intérieure complexe d’un intellectuel et humaniste. S’inspirant de la sagesse et érudition de son ami, André Durand a voulu présenter son évangéliste comme quelqu’un qui ne se laisse pas convaincre facilement par toutes les idées qui lui sont communiquées, mais qui analyse leur bien-fondé avant de formuler les conclusions dans sa propre perspective et en relever ce qui lui paraisse juste et vrai. En tant qu’un portraitiste brillant, Durand présente une introspection dans le caractère de quelqu’un qu’il connaît bien et qui pour lui incarne sagesse, pondération et rigueur de la recherche scientifique. C’est ainsi qu’il évite le schème banal et introduit une nouvelle version du motif classique qui soit suffisamment persuasive et profonde. C’est une approche originale du peintre moderne qui réagit à la convention picturale par une œuvre basée sur une connaissance parfaite de la psychologie de son modèle.

Marie Pardyová PhD

Département pour l’archéologie classique
et paléochrétienne
Université de Brno, République Tchèque